Skipper

Yann Elies

Skipper professionnel et chef d'entreprise

La Mer comme une évidence

La mer, Yann la côtoie depuis son plus jeune âge, et ses premières croisières autour de l’ile de Bréhat. Originaires de Saint-Brieuc, ses parents aiment rejoindre cet archipel pour s’évader le temps d’un week-end. Chaque vendredi, ils ferment leur commerce à 19h30, récupèrent Yann et son cadet, et filent dormir sur le bateau paternel. L’embarcation n’a rien d’un yacht de croisière, le confort est rudimentaire, mais Yann s’y construit de jolis souvenirs. Tel Robinson sur son île, il apprivoise cet univers, et en fait son jardin. Navigateur, aventurier, l’envie d’être sur l’eau devient une évidence. Le marin est né. L’âme de compétiteur n’a pas encore germé, mais ça ne saurait tarder.

Car chez les Eliès, la course au large est une passion familiale. C’est le grand-père, Hervé, qui s’y est essayé le premier. Les récits de cet aïeul, Yann les connait par coeur, ils ont bercé son imaginaire. Mais c’est en trainant ses guêtres sur les pontons de la Solitaire du Figaro, que ce dernier découvre le microcosme de la compétition.  A l’époque il retrouve son père sur les étapes de cette épreuve alors nommée Course de l’Aurore. Le paternel y fait ses gammes, puis la gagne en 1979. Yann a 5 ans. Il ne sait pas encore qu’un jour ce sera son tour. Il découvre ce monde avec des yeux d’enfant et ne sait rien des sacrifices qu’exige la performance.

Saltimbanque des pontons : les premières désillusions

Côté sport Yann a tout essayé ou presque : foot, tennis, basket, athlétisme … mais assez logiquement, c’est l’Optimist, qui a sa préférence. Du talent, le môme n’en manque pas, mais de cette époque, il se souvient surtout avoir opté pour la facilité, et cette paresse lui joue des tours. Choyé par ses parents, il se contente du minimum, n’aime pas l’école et quitte les cours avant l’entrée en Terminale. Son père lui trouve un contrat de qualification dans une voilerie de la Baule. Yann y décroche un petit diplôme, mais nourrit déjà le rêve de devenir marin professionnel.

Paresseux, mais assurément doué, il remporte le Challenge Espoir Crédit Agricole en 1997. C’est là que tout commence. Il a 23 ans et dispute sa première Solitaire du Figaro. Ses résultats ont été bons sur les régates d’avant saison, il est confiant, mais c’est une belle douche froide qui l'attend : 24h de retard sur la première étape, il réalise que le métier de marin n’a rien de facile.

De la nonchalance à la performance : une belle métamorphose

C’est en 2001 que s’opère un véritable déclic. Cette année là, Yann dispute The Race, lorsqu’il se blesse et doit quitter l’aventure. Le constat est toujours le même : il n’était pas prêt, ni physiquement, ni mentalement, et le talent seul ne suffit pas.

Il mûrit et change radicalement son approche de la compétition. Stages météo, entraînements, résistance à l’effort, il apprend le plaisir de vaincre la difficulté et de se transcender. Les résultats sont probants. En 2002, il décroche enfin sa première victoire d’étape sur la Solitaire du Figaro. Le compétiteur est né.

Parallèlement à cette course dont il est l’un des plus fidèles animateurs, il multiplie les expériences et rejoint l’équipage de Bruno Peyron sur le multicoque Orange. Pendant 4 ans, il participe à la formidable aventure du Trophée Jules Verne. Un défi sportif et humain dont il garde encore un merveilleux souvenir.

Du rêve brisé à la consécration : la naissance d’un champion

Devenu zélé et ambitieux, patient et pugnace, le briochin se forge un mental de champion. Il poursuit alors un nouveau rêve : celui de remporter le Vendée Globe.

Sponsorisé par Generali depuis 1999, Yann fait le grand saut en 2008. Il espère beaucoup de ce Tour du monde en solitaire sans assistance et sans escale. Mais le 18 décembre, alors qu’il bricole à l’étrave de son bateau au sud de l’Australie, son monocoque plante dans une vague. Ejecté, Yann se fracture le fémur, mais il parvient miraculeusement à s’accrocher aux filières et à se hisser à bord. Prostré de douleur, il attendra 3 jours que les secours l’arrachent à cet enfer. Suivent des mois de rééducation, et la perte de son sponsor. L’épreuve et rude mais Yann relève la tête.

Déterminé, il retrouve peu à peu toutes ses capacités physiques, rassemble un petit budget et repart à l’assaut de la Solitaire du Figaro. Sa combativité séduit un nouveau partenaire, Groupe Queguiner et c’est sous ses couleurs qu’il triomphe enfin en 2012, 33 ans après son père !

Nouveaux succès, nouveaux défis, et retrouvailles …

En 2013, Yann s’offre le doublé et s’impose dans la foulée sur la Transat Jacques Vabre avec Erwan le Roux chez les multi 50. 

Arrive 2014, Yann a les cartes en main pour décrocher un magnifique triplé sur la Reine des Solitaires, mais il démâte sur la première étape. Déçu, il encaisse l’échec avec philosophie, et promet d’en être en 2015. Dans le même temps, un beau pari s’offre à lui : remplacer Jean-Pierre Dick sur la Route du Rhum 2014. Le support, un MOD70, est réputé volage et dur à apprivoiser, mais il signe sans hésiter. Certaines expériences dit-il, se doivent d’être vécues, et celle-ci en fait partie. Arriver au bout, serait déjà en soi, une belle performance. Yann y parvient avec brio et s’offre une course honorable dans la catégorie des ultimes.

Ce challenge à peine terminé, le voilà qui rempile pour une nouvelle saison en Figaro Bénéteau. Une saison marquée par un « presque » sans-faute, avec, en l’occurrence, une victoire dans la Solo Basse-Normandie, une autre dans la Solo Maître Coq puis une autre encore dans la fameuse Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire qui le fait entrer dans le cercle très fermé des triples vainqueurs de l’épreuve.

Reste que depuis lors, toutes ses ambitions sont tournées vers le Vendée Globe 2016. Et pour cause, le passé a laissé des traces, même si le temps a pansé les plaies. Le compétiteur brûle d’impatience d’y retourner. Non pas pour une revanche, mais pour la course à l’état pur. L’enfant de Saint-Brieuc n’a rien manqué du mano à mano que se sont livrés François Gabart et Armel le Cléac’h en 2012. A son tour, il rêve d’une « Solitaire planétaire », et si la différence doit se faire sur le mental, il sera sans doute le mieux armé pour la gagne. Sa monture ? Un plan VPLP de 2007, une machine polyvalente et optimisée au mieux depuis juillet 2015 afin de pouvoir rivaliser au mieux avec les IMOCA dernière génération. Les premiers résultats sont pour le moins encourageants. L’on retiendra notamment la belle troisième place décrochée en double, avec Charlie Dalin, dans la Transat Jacques Vabre fin 2015. Cette performance aura montré au skipper – et à la concurrence - qu’il est capable de finir sur le podium, l’hiver prochain, aux Sables d’Olonne. Mieux, il pourrait même rêver de victoire…