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Yann Eliès : « L’Indien, une ambiance particulière »

Hier, sur les coups de 16h20, Yann Eliès a doublé la longitude du cap de Bonne Espérance, puis, aux environs de 20h30, celle du cap des Aiguilles marquant son entrée dans l’océan Indien. C’est donc maintenant parti pour près d’un mois dans le Grand Sud avec, à la clé, des conditions de navigation et de vie extrêmes. La bonne nouvelle, c’est que le skipper de Quéguiner – Leucémie Espoir entame cette portion délicate avec une machine en bon état, un moral en béton et la satisfaction d’avoir battu d’un jour et 20 heures le temps de référence établit par Armel Le Cléac’h lors de la dernière édition du Vendée Globe en 2012 entre les Sables d’Olonne et l’extrémité de la péninsule du Cap. Interview.

Réveil difficile
© DR

Yann, vous espériez dépasser le cap de Bonne Espérance dans un temps inférieur à celui réalisé par Armel Le Cleac’h il y a quatre ans, servant jusqu’alors de référence. Le pari est réussi. On vous imagine satisfait ?

« Oui, ça fait plaisir d’avoir mis un jour et 20 heures de moins que lui pour couvrir la distance entre les Sables d’Olonne et le fameux cap. Cela signifie que nous avons vraiment bénéficié de super conditions cette année et surtout, cela permet de rêver d’un tour du monde en moins de 78 jours. Bien sûr, sur une course comme le Vendée Globe, le temps importe peu mais c’est toujours satisfaisant de se dire qu’on a mis un temps canon sur le premier quart (en temps) du parcours. » 

Vous voilà à présent dans l’Indien, un océan que redoutent souvent les marins. Le changement d’ambiance est-il palpable ?

« Clairement. Ce matin, c’était même un peu « Verdun ».  Il y avait trois mètres de creux, un ciel de traine et un vent que l’on sentait assez puissant. Le bateau se cabrait et plantait un peu dans tous les sens sur une mer bien cabossée après un passage de front. La luminosité était franchement particulière. Idem pour l’ambiance avec tous ces oiseaux autour du bateau. Ils sont assez nombreux. Il y a un albatros, mais aussi des plus petits, noirs et gris, dont je ne connais pas le nom. Le point positif, c’est qu’il ne fait pas encore trop froid. Je n’ai pas encore sorti les grosses polaires. »

A quelle sauce allez-vous être mangé dans les prochaines 48 heures ?

« Je devrais aller flirter avec la zone des glaces et même quasiment la percuter demain vers 11 ou 12 heures. J’aurai alors quelques petits empannages à placer au mieux pour rester dans une bande de vent durant une douzaine d’heures avant de repartir en bâbord amure vers le nord. Ensuite, j’aurai un choix à faire au nord des Kerguelen: soit passer très large, soit les raser. Tout dépendra des conditions météorologiques. »

Vous attaquez l’Indien avec un bateau en bon état ?

« Oui. Pour autant, je le surveille comme le lait sur le feu ! Ce matin, j’ai profité d’une petite molle pour aller faire un tour à l’avant. Hormis les autocollants sur l’étraves qui commencent à se décoller un peu, je n’ai rien vu de particulier. Pour l’instant, mis à part mon problème de hook de grand-voile au début de la course et quelques bouts qui s’abîment par-ci par-là, le bateau est vraiment en bon état. En ce qui concerne le pilote automatique et l’énergie, je n’ai aucun souci et ça, c’est vraiment positif. Reste que, comme je l’ai déjà dit, je reste vigilant et je m’assure que le matériel ne se dégrade pas trop car on le sait tous par expérience, dès que l’on doit commencer à bricoler, c’est catastrophique en termes de performance mais aussi en termes de pertes d’énergie pour le skipper. »

Le skipper, justement, dans quel état de forme est-il en ce moment ?

« Je vais bien. J’ai toutefois l’impression d’être un peu décalé au niveau des horaires depuis que je navigue autant au sud en faisant de l’est. Je ne parviens pas vraiment à trouver le bon rythme car le matin, il fait jour très tôt, vers 4 heures. De plus, quand ça va vite, comme ça, c’est dur de bien trouver le sommeil. Parfois, on a l’impression de ne pas faire grand-chose or il se trouve qu’on est quand même bien fatigué. C’est pour cette raison qu’il ne faut surtout pas hésiter à manger beaucoup voire à se goinfrer un peu, et à dormir dès que possible. »